Ce mercredi 8 avril 2026 à 11h30, la commission des affaires économiques (CAE) du Sénat entendait, en application de l’article 13 de la Constitution, François Jacq, candidat proposé à la présidence du conseil d’administration du Centre national d’études spatiales (CNES).
En tant que rapporteur de la commission des affaires économiques du Sénat, Franck Montaugé a interrogé François Jacq sur sa première année à la tête du Centre national d’études spatiales et sur les orientations du futur contrat d’objectifs.
Il a ensuite concentré ses questions sur quatre enjeux clés :
- l’autonomie spatiale européenne,
- le rôle du CNES dans France 2030,
- les coopérations scientifiques internationales et leurs fragilités,
- les enjeux de souveraineté liés aux constellations satellitaires.
Texte de l’intervention du sénateur Montaugé :
« Madame la Présidente, Monsieur Jacq, Chers collègues,
Comme vous l’avez rappelé, Madame la Présidente, nous voilà de nouveau sollicités pour nous prononcer sur la proposition de nomination de Monsieur François Jacq en qualité de Président du conseil d’administration du CNES (Lire ici), cette fois-ci pour une durée de cinq ans.
Tout d’abord, Monsieur Jacq, je souhaiterais que vous nous fassiez part des enseignements que vous tirez de l’année que vous venez de passer au CNES, « l’agence spatiale française ».
- En quoi et sur quels points ou sujets à forts enjeux pour le CNES, votre vision prospective, stratégique et opérationnelle a-t-elle été infléchie voire modifiée ?
Le contrat d’objectif et de performances (COP) 2022-2025 du CNES vient de s’achever.
- quel bilan en a-t-il été effectué, avec quelles conséquences pour le suivant ?
- à ce stade de travail de l’élaboration du nouveau COP, quelles sont les demandes expresses de vos tutelles ? Quels objectifs personnels complémentaires souhaitez-vous être pris en compte et pourquoi ? Dans le cadre de la stratégie 2040 tout particulièrement.
Je voudrais ensuite aborder brièvement 4 thèmes :
- l’accès autonome à l’espace de l’Europe,
- le volet spatial du plan France 2030,
- la recherche et la connectivité spatiale,
- et enfin les constellations de satellites.
Tout d’abord, en ce qui concerne l’accès autonome de l’Europe à l’espace, huit lancements sont prévus pour Ariane 6 en 2026 dont plusieurs lancements pour la constellation de satellites Kuiper d’Amazon et un nouveau lancement pour Galileo.
En 2027, Ariane 6 devrait atteindre sa période de stabilité d’exploitation avec une cadence de référence de neuf lancements par an et un soutien public de 340 millions d’euros par an.
- Dans un contexte géopolitique marqué par le tempo chaotique des intérêts nord-américain, pensez-vous qu’Ariane 6 peut tirer avantage des clients qui ne voudraient pas avoir recours aux opérateurs américains, russes ou chinois ?
- Où en sont concrètement les projets français de micro-lanceurs et de lanceurs réutilisables, en particulier celui de l’entreprise MaiaSpace censé garantir notre accès autonome à l’espace comme alternative compétitive à SpaceX.
Ensuite, concernant le volet spatial du plan France 2030 doté de 1,5 milliard d’euros, le CNES a joué depuis 2022 un rôle clef :
- en identifiant les marchés émergents grâce à l’Observatoire du spatial,
- en proposant des feuilles de route pour stimuler l’innovation et la recherche de solutions industrielles dans ces domaines,
- et en réalisant les appels d’offres correspondants.
En quoi, sur quels sujets, souhaiteriez-vous que le prochain COP actualise le triple objectif assigné au volet spatial de France 2030, à savoir :
- le développement de l’écosystème de start-ups dédiées au spatial qui est appelé « NewSpace »,
- l’investissement dans les technologies de rupture qui façonneront l’avenir du spatial,
- et le ciblage des investissements sur les marchés porteurs et quels marchés porteurs selon vous ?
3ème point concernant la recherche.
Le spatial est au cœur des avancées scientifiques dans de nombreux domaines : connaissance de l’Univers et du système terrestre, science de la matière ou science de la vie, mais également recherches appliquées au service de l’économie et de la société.
Or, 90 % des programmes de recherche du CNES résultent de coopérations internationales, au niveau européen bien sûr dans le cadre de l’Agence spatiale européenne (ESA), mais également avec la NASA américaine.
- Quels sont les impacts de la politique isolationniste de l’administration Trump sur les projets gérés par le CNES et/ou l’ESA en partenariat avec la NASA ? Avez-vous dû abandonner certains projets ?
- Avez-vous trouvé des partenaires internationaux de substitution (Japon, Inde, etc.) ?
- Dans quelle mesure ces difficultés avec le partenaire historique américain constituent-elles une opportunité de renforcer l’autonomie stratégique européenne en matière spatiale ?
- Des scientifiques du CNES s’inquiètent à juste titre des arbitrages budgétaires défavorables aux programmes d’observation de la Terre, par exemple avec le projet AOS-C2OMODO. Ces scientifiques pointent aussi un problème de méthode pour la prise de décision, sans que la communauté scientifique ne soit réellement associée, disent-ils. Ce domaine apporte des informations précieuses qui alimentent notre compréhension du climat et de ses évolutions. Les enjeux sont donc considérables ! La NASA s’en est retirée, sur la base je suppose des positions négationnistes – ça s’est mon interprétation personnelle – du président Trump en matière de climat. Comment comptez-vous prendre en compte cette demande d’échange approfondie des scientifiques du CNES directement concernés ? Dans quel sens allez-vous arbitrer le budget de ces programmes d’observation de la Terre ?
Enfin, concernant la connectivité spatiale et les constellations de satellites, nous avons récemment reçu le PDG d’Eutelsat avec qui ont été évoqués les enjeux essentiels de souveraineté que posent les constellations de satellites, la capacité d’Elon Musk de menacer les Ukrainiens en leur refusant l’usage de Starlink, puis la suppression effective de cet usage semble-t-il pour les Russes.
Le développement du programme IRIS2 (Infrastructure de résilience, d’interconnectivité et de sécurité par satellite) apparaît à cet égard décisif pour garantir l’autonomie stratégique de l’Union européenne dans le domaine des communications gouvernementales sécurisées.
Quelles sont les décisions prises à l’occasion de la dernière conférence ministérielle de l’Agence spatiale européenne (ESA) concernant la « constellation Iris2 » ? Ont-elles été pour vous à la hauteur des enjeux ? Le développement du programme est-il aujourd’hui pleinement sécurisé ?
Voilà ! Merci d’avance pour les réponses que vous nous apporterez sur ces grands enjeux de l’actualité spatiale française et européenne. »
A la suite de cette intervention, François Jacq a apporté des éléments de réponse.
A l’issue de l’audition de Monsieur Jacq, un vote à bulletin secret s’est déroulé. Les membres de la CAE du Sénat se sont prononcés par 26 voix POUR, 7 voix CONTRE et 5 BLANCS. Parallèlement, les membres de la CAE de l’Assemblée nationale se sont aussi prononcés par 26 voix POUR, 4 voix CONTRE, 3 ABSTENTIONS et 1 NUL.
La décision de nomination de Monsieur François Jacq devrait donc être prise par décret du Président de la République.


