Ce mercredi 29 avril 2026, à l’occasion de l’audition d’Antoine Petit, président-directeur général du Centre national de la recherche scientifique, par la commission des affaires économiques du Sénat, le sénateur Franck Montaugé a questionné les thèmes de recherche de l’organisme en matière de nouveaux paradigmes de calcul et d’intelligence artificielle, ainsi que les enjeux de souveraineté en cybersécurité et la place de l’éthique dans la recherche fondamentale.
« Monsieur le Directeur Général,
Tout d’abord, merci de nous donner la possibilité, par l’invitation à vos focus thématiques, de tenter de comprendre ce sur quoi vos équipes travaillent.
Le 8 octobre dernier j’ai pu assister à une conférence sur « les nouveaux paradigmes de calcul ». Je les cite :
- le calcul frugal
- le calcul quantique
- le calcul moléculaire
- le calcul neuromorphique.
En toute humilité, je n’ai pas tout compris et loin s’en faut !
Cependant je voudrais contextualiser le sujet en vous interrogeant sur quelques points à partir de ces nouvelles techniques.
Yann Le Cun, un des pères français de l’Intelligence Artificielle (IA) chez META – par ailleurs prix Turing – est en train d’introduire un nouveau paradigme de l’IA qui ne serait pas basé sur le seul apprentissage à partir d’énormes quantités de données traitées statistiquement à des fins de « reproduction – création » mais sur la compréhension intrinsèque et a priori des phénomènes… à l’instar des mécanismes de compréhension humaine.
Est-on là dans le paradigme du calcul neuromorphique ou est-ce encore une autre approche ?
Y a-t-il pour vous avec cette approche disruptive de Monsieur Le Cun – si elle le l’est, disruptive – un nouveau paradigme de calcul ? Et si oui avec quelles conséquences anticipables vu du CNRS ?
Ce paradigme aurait ou pourrait avoir aussi desconséquences importantes sur les quantités de données nécessaire et donc une incidence sur les volumes de stockage des datacenters et donc l’impact climatique et énergétique.
Cet aspect du modèle Le Cun est-il pris en compte dans le paradigme du calcul frugal que vos équipes travaillent ?
2ème question :
Que pensez-vous des impacts en termes de sécurité nationale et de souveraineté que soulève l’apparition du dernier modèle de la série « Claude » appelé « Mythos » qui est développé par la société Anthropic ?
Ce modèle est spécialisé dans la recherche et l’exploitation de failles de cybersécurité.
Il a déjà prouvé ses grandes capacités (identification et exploitation de faille jamais découverte depuis des années dans des logiciels utilisé par la plupart des infrastructures industrielles.
Anthropic, au motif de questions de sécurité générale, propose de ne mettre Mythos qu’à disposition d’un petit groupe d’entreprises privées – projet nommé Project Glasswing – comptant parmi ses membres des entreprises telles que Amazon, Apple, Google, Microsoft et autres ?
Que se passerait-il si ce modèle, et les autres plus efficaces encore qui suivront probablement, étaient utilisés contre la France ou l’Europe ?
Avons-nous en développement des outils de ce niveau dont nous n’aurions pas entendu parler ou sommes-nous juste spectateurs en attente d’être plus dépendants encore de la Chine et des États-Unis ?
Comment le CNRS est-il sollicité par l’Etat sur une telle question en terme de recherche de paradigmes nouveaux pouvant nous amener vers des solutions souveraines ?
Dernière question :
Vous en appelez à des approches holistiques des sujets que vous travaillez.
Qu’en est-il de la prise en compte par le CNRS de la dimension éthique de la recherche scientifique ? Comment se traduit-elle effectivement ?
La démocratie républicaine a-t-elle ou devrait-elle avoir son mot à dire en matière de recherche fondamentale ?
Pour mémoire, Madame Claire Mathieu, directrice de recherche au CNRS, a posé cette problématique générale dans sa leçon inaugurale de 2017 au Collège de France.
Qu’en est-il de la prise en compte de cet aspect-là des choses ? »
Antoine Petit, président-directeur général du CNRS lui a ensuite répondu.
