Après avoir exprimé au maire de Fleurance sa vive émotion à l’égard de Lyhanna, de sa famille et des Fleurantins, Franck Montaugé participait ce mercredi 10 juin 2026 à la séance de question d’actualité au Gouvernement.
Ses collègues du groupe Socialiste, Écologiste et Républicain au Sénat, Patrick Kanner, président, puis Marie-Pierre de La Gontrie ont porté avec force les questions légitimes qui se posent aujourd’hui sur les défaillances systémiques constatées et les réponses attendues des pouvoirs publics.
Franck Montaugé s’associe pleinement à ces interventions, partageant à la fois leur profonde compassion envers les victimes et leurs familles ainsi que l’ensemble des interrogations formulées quant aux responsabilités, aux moyens mobilisés et aux mesures à mettre en œuvre pour éviter que de tels drames ne se reproduisent.
Intervention de Patrick Kanner :
Monsieur le Président, monsieur le Premier ministre,
Le meurtre de Lyhanna nous bouleverse, il nous sidère, il nous révolte. Après tant d’autres prénoms d’enfants que notre mémoire collective a tragiquement effacés, nos concitoyens sont en colère, nos institutions sont remises en cause.
Derrière ces drames, il y a de multiples dysfonctionnements qui se répètent inlassablement dans une indifférence coupable malgré les alertes, notamment de l’ancien président de la CIIVISE (Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants). Quand un pilier de l’État de droit, la Justice, vacille, c’est la République qui devient une cible. Le manque de psychiatres, l’effondrement de la médecine légale, la surcharge de nos OPJ (officiers de police judiciaire), voilà la réalité du terrain.
Ces enfants martyrs sont devenus le symbole d’une impuissance institutionnelle qui est tout simplement insupportable.
Alors comment entendre le président de la République nous asséner vendredi dernier qu’il n’y avait pas de manque de moyens ? Comment accepter que le ministre de la Justice nous réponde hier au détour d’une audition qu’il n’y a aucune statistique sur le nombre effectif de mineurs dans les 70 000 plaintes enregistrées, alors qu’elles devront être priorisées d’ici le 14 juillet 2026 ?
Nous faisons face à une chaîne systémique de défaillance dont l’État est le premier responsable. La tentation est grande de se défausser en pointant du doigt des boucs émissaires. Cette démarche ne contribuera en rien à résoudre la situation.
D’ailleurs, il est tout aussi nécessaire de dénoncer les instrumentalisations dont nous sommes aujourd’hui les grands témoins.
Il n’y a pas de solution miracle, monsieur le Premier ministre, mais il faut des solutions. Le Parlement a travaillé une proposition de loi transpartisane à l’initiative de notre collègue député socialiste, Céline Thiébault- Martinez. Des propositions fortes existent. Appuyons-nous sur ces travaux. Regardons ce qui marche. L’Espagne a voté une loi intégrale il y a déjà 20 ans avec des résultats qui sont incontestables.
Alors qu’attendons-nous ? Alors je vous le demande, monsieur le Premier ministre, combien faudra-t-il encore de marche blanche ? Combien encore de vies brisées, de familles déchirées ? Combien de larmes ? Combien de fois devrons-nous encore répéter ce slogan qui sonne dans le vide « plus jamais ça ». Monsieur le Premier ministre, pour nos enfants, pour leur protection, y aura-t-il un avant, et surtout, un après le meurtre de Lyhanna ?
Intervention de Marie-Pierre de La Gontrie :
Ma question s’adresse au ministre de la Justice, au ministre de l’Intérieur, au ministre de l’Education, à la ministre de la santé, à la ministre des Sports, à la ministre chargée des discriminations, au ministre en charge des comptes publics, à la ministre des numériques et donc à vous monsieur le Premier ministre.
Une enfant est morte. Elle avait 11 ans, elle s’appelait Lyhanna. Que s’est-il passé ? Comment expliquer ce que l’un d’entre vous a qualifié « d’enchaînement tragique » ? Pourquoi est-ce arrivé ? Pourquoi est-ce que la plainte de Rosa n’a pas permis d’empêcher le potentiel meurtrier d’accomplir son dessein ? Le sujet aujourd’hui, pour nous, c’est de savoir comment éviter ces drames. Vous avez, monsieur le garde des Sceaux, reçu ainsi que monsieur le ministre de l’Intérieur et monsieur le ministre des affaires sociales reçu en 2022 un rapport réalisé par les trois inspections générales qui constatait la carence de l’ensemble des dispositifs qui permettaient de lutter contre les violences faites aux mineurs.
Alors aujourd’hui nous le disons, il n’y a pas eu de dysfonctionnement. C’est un fonctionnement général que nous avons constaté.
À cela, quelles sont les réponses aujourd’hui ? Nous avons des réponses de candidats à la présidentielle : Bruno Retailleau veut réformer le conseil supérieur de la magistrature, Édouard Philippe veut s’interroger sur le droit syndical des magistrats, Monsieur le garde des Sceaux, vous souhaitez augmenter les peines de prison et vous, monsieur le Premier ministre, vous voulez de manière un petit peu précipitée, peut-on dire, modifier le texte sur la protection de l’enfance alors même que vous appelez à beaucoup de sérénité.
Nous avons travaillé depuis plus d’un an. 120 associations, 120 parlementaires à cette loi intégrale. Je vous ai entendu la qualifier d’utile. Non, monsieur le Premier ministre, elle est indispensable ! Elle porte sur tous les champs qui sont nécessaires. Et oui, elle parle des moyens dont j’ai compris d’ailleurs que – bien qu’ils ne soient pas nécessaires – le ministre des comptes publics et la porte-parole du gouvernement ont déjà indiqué qu’ils allaient les augmenter l’an prochain.
Alors, monsieur le Premier ministre, quand allez-vous enfin ouvrir les yeux sur l’ampleur des dispositions qu’il faut prendre pour éviter ces drames atroces ?
