Le sénateur Franck Montaugé est intervenu ce mardi 31 mars 2026 en séance publique dans le cadre d’un débat interactif intitulé « Face à la désindustrialisation, quelle nouvelle politique industrielle pour la France ? ».
Franck Montaugé a ainsi pu rappeler les fondements mêmes de la notion d’industrie dont le sens s’est construit au fil de l’histoire. De l’« industria » originelle jusqu’à la « société industrielle » théorisée par Henri Saint-Simon, l’industrie apparaît comme un choix de civilisation.
Pour le sénateur Montaugé, la prise de conscience de l’enjeu industriel reste récente en France et elle doit être confortée. Face à une réindustrialisation trop lente, marquée par des fermetures d’entreprises trop nombreuses et des déséquilibres territoriaux persistants, il pose la nécessité d’un véritable « récit national » relatif à la « renaissance industrielle » dont la France a urgemment besoin pour faire comprendre les enjeux et mobiliser tous les acteurs de notre société. Dans ce cadre il en appelle à la nécessité de développer des politiques publiques plus ambitieuses associant l’ensemble des territoires y compris les plus ruraux.
« Madame la Présidente, Monsieur le Ministre, Chers collègues,
Le sujet du débat de ce soir nous appelle à faire un point de situation sur l’industrie française et à nous interroger sur la nature et l’efficacité des politiques publiques actuelles conduites par le Gouvernement.
Mais « industrie, réindustrialisation » de quoi parle-t-on ?
Si les mots ont un sens, ils s’inscrivent aussi dans une généalogie de significations. Et c’est tout particulièrement le cas pour l’industrie.
À l’origine, l’« industria » c’est un souffle intérieur qui est enfermé dans le corps puis projeté à l’extérieur dans des objets, dans la cité, puis qui s’élargit à la production pour dire un collectif de travail organisé, un métier, une entreprise, un secteur d’activité économique, pour qualifier des territoires et finalement définir toute la société sous la formule de « société industrielle », notion introduite par Henri Saint-Simon au début du XIXe siècle.
Comme nous le dit le professeur Pierre Musso et je le cite :
« L’industrie a été pensée, fabriquée en Europe, en Occident et ce dès le Moyen Âge. Elle ne va pas de soi. De nombreuses civilisations s’en sont passées, à commencer par l’Antiquité grecque qui privilégia la contemplation à l’action. Il s’agit d’un choix. »
« Elle est le résultat d’une série de bifurcations caractéristiques de l’Occident chrétien et de sa vision du monde.
La foi industrialiste s’est réalisée par inflexion et choix construisant une vision du monde et non selon un développement linéaire obligé, poussé par la technique ou le progrès des connaissances… ». Fin de citation.
Tout au long de son histoire la conception de l’industrie a donc évolué par élargissement successif de son emprise sur les sociétés.
Des monastères cisterciens au tournant des XIe et XIIe siècles à l’intelligence artificielle générative d’aujourd’hui en passant par la manufacture, l’usine, la cybernétique et le management scientifique, la mise en rétrospective du concept, les évolutions de formes comme de sens de l’industrie éclairent le passé et nous invitent à ne pas sortir de l’histoire, à ne pas perdre notre liberté en même temps que notre place en Europe et dans le monde.
En définitive, l’industrie est un trait marquant si ce n’est fondamental de notre civilisation. Elle est un « fait social total » aux dimensions multiples qui engage la totalité de notre société et de ses institutions.
En France, la prise de conscience a été tardive, 2010. Et depuis, l’évolution de la part de l’industrie dans la valeur ajoutée nationale est très lente, avec son cortège d’annonces de fermetures d’entreprises aussi nombreuses qu’humainement douloureuses, à peine tempérées de créations.
À partir de là, monsieur le Ministre,
- Quel est le récit national en matière de renaissance industrielle ?
- Quelles sont les mesures concrètes que vous mettez ou comptez mettre en œuvre pour amplifier le redressement et la création industrielle des ETI, PME-PMI et TPE françaises qu’appellent de leurs vœux les industriels, les salariés et leurs représentants ?
Plus précisément, au titre des mesures qui ne coûteraient rien au budget de l’État :
- Comment entendez-vous révéler le potentiel inexploité des territoires ? Comment faire des territoires des acteurs décisionnaires créateurs de valeur… au profit de la prospérité locale ? Y compris pour les territoires très ruraux – souvent oubliés – qui sont en grandes difficultés et ne bénéficient d’aucun dispositif un tant soit peu structuré pour créer de la valeur industrielle ex nihilo. Situation que je qualifie à dessein d’« angle mort » de nos politiques d’aménagement économique des territoires.
- Que proposez-vous pour concilier le ZAN (Zéro Artificialisation Nette) et le besoin de foncier industriel ?
- Quelle démarche de simplification adaptée aux particularités du terrain ? Le projet de loi de décentralisation annoncé donnera-t-il des pouvoirs nouveaux aux préfets ? Quelle réforme de la fiscalité locale pour la réindustrialisation de nos territoires ?
- Quelle démarche en cours pour stopper la surrèglementation ?
- Comment entendez-vous mettre la commande publique et privée au service de la promotion du « Fabriqué en France » ?
- La mobilisation de l’épargne des Français pour l’industrie fait-elle partie de votre plan de travail ?
Et au titre des démarches qui rapporteraient beaucoup plus qu’elles ne coûteraient à l’État :
- Quel plan ou quelles pistes travaillez-vous pour alléger massivement le coût du travail qualifié… sans toucher aux salaires !
- Dans le cadre européen, quelle est votre trajectoire pluriannuelle de réalignement de la compétitivité fiscale, centrée sur l’industrie ?
Et enfin, nécessitant que l’État se réforme :
- Quelle réforme justement de la fiscalité économique locale pour réindustrialiser ou industrialiser tous les territoires ?
- Et enfin – puisque j’en ai le temps – ne pensez-vous pas qu’il serait utile que la France se dote d’un code de l’industrie qui nous permettrait notamment de réaffirmer l’importance de l’industrie dans notre pays et donc de déployer le nouveau récit industriel dont notre pays a besoin ?
Je vous remercie. »
Supposé permettre l’échange entre chaque orateur de groupe et le ministre, le débat dit « interactif » n’a pas été respecté par la présidence de séance. En conséquence, Sébastien Martin, Ministre délégué chargé de l’Industrie, a exprimé des positions générales ne répondant pas aux questions, pourtant importantes, posées par les orateurs des groupes.
Cette dénaturation du débat, supposé être interactif, a amené le sénateur Montaugé à demander le respect du règlement intérieur du Sénat. Ce point sera de nouveau rappelé lors de la prochaine conférence des présidents.
Revoir ici l’intervention du ministre Martin.
