Mardi 27 janvier 2026, Franck Montaugé et ses collègues de la commission des affaires économiques du Sénat auditionnaient Monsieur Sébastien Martin, ministre de l’Industrie. A cette occasion le sénateur Montaugé a interpellé le ministre sur la nécessité d’accompagner les territoires agricoles en mutation vers la diversification et la création d’une économie nouvelle contribuant aux transitions de développement en cours.
Question du sénateur Franck Montaugé :
« Monsieur le Ministre, je souhaiterais vous interroger sur votre vision – si ce n’est votre plan d’actions – à destination des territoires, des départements dont les économies traditionnelles, connaissent un profond changement, en particulier pour les départements très agricoles ?
L’agriculture est un secteur soumis à des gains de productivité considérables. Dans certains territoires naturellement mal dotés où les rendements sont faibles cela conduit, sur de longues périodes, à des pertes de population significatives. Un phénomène ancien mais qui tend encore à s’accentuer.
Ces territoires ont des cultures agricoles, agraires mais la question se pose – en tout cas, moi, je le vis comme ça pour mon département, le Gers – d’évoluer vers d’autres types de cultures économiques. Vous avez beaucoup parlé d’l’industrie. Certes, il y en a un peu dans mon département notamment en lien avec les grands donneurs d’ordre aéronautique, notamment Airbus. Mais l’enjeu reste de construire presque ex nihilo des cultures économiques nouvelles sur des objets économiques nouveaux. Nous avons collectivement le sentiment que nous quittons un monde pour rentrer dans un nouveau marqué par les enjeux climatiques, environnementaux etc. De nouveaux besoins apparaissent dans cette nouvelle économie émergente du développement dit « durable ».
Quelle est votre vision, quelle est la vision du Gouvernement par rapport à ces territoires pour finalement les aider à construire un avenir de développement et ne pas les laisser à l’écart ?
C’est une question qui renvoie aux politiques d’aménagement du territoire que l’on a pu connaitre il y a des décennies et qui ont progressivement disparues. Aujourd’hui, l’action publique repose sur des appels à projets et une mise en concurrence des territoires. Très bien. Il en faut. Mais il ne faut pas que ça. Il faut aussi savoir accompagner.
Est-ce que vous avez, sur ce sujet un peu particulier mais qui touche beaucoup de territoires en France, des suggestions, des idées ? Merci Monsieur le Ministre. »
Réponse du ministre Sébastien Martin :
« Monsieur le sénateur Montaugé, vous soulevez une question qui – bien avant d’être ministre et je vais peut-être reprendre mon ancienne casquette de Président d’Intercommunalités de France – m’a beaucoup animé.
Parfois, j’ai été frappé de voir que dans des territoires – ceux que vous identifiez – l’agriculture est tellement présente dans le quotidien qu’elle n’a pas toujours été pensée comme un véritable enjeu de développement. Elle n’a pas été nécessairement placée au cœur de ce qu’on appelle dans les intercommunalités : « le projet de territoire ». Je ne dis pas que c’est le cas tout le temps mais je crois que c’est aujourd’hui un vrai sujet.
Pour sortir des visions descendantes où l’Etat vous dit « voilà ce qu’il faut faire ! », c’est aux élus locaux de se saisir du sujet. D’ailleurs à l’image de « Territoires d’Industrie », Intercommunalités de France avait proposé de travailler à un moment sur un dispositif qui pourrait s’appeler « Territoires d’Agriculture ». Pour l’aborder sous les grandes questions économiques, sous les questions de filière de développement, sous les questions de filière de formation et sur comment on imagine l’avenir des territoires autour de notre agriculture en tant que levier de développement économique. C’est un enjeu d’aménagement du territoire et c’est un enjeu, pour moi, essentiel pour l’attractivité de ces territoires.
Centrée sur l’économie agricole… des territoires agricoles, la réponse du ministre ne répond pas à la question posée par le sénateur Montaugé.
Bien que le ministre souligne, à juste titre, la nécessité de mieux intégrer l’agriculture au cœur des projets de territoire et de la considérer comme un levier de développement, il élude les enjeux de diversification économique et d’émergence d’activités nouvelles liées aux grandes transitions climatique, environnementale et technologique. Sa réponse renvoie les territoires à un modèle quasi exclusivement agricole et ce malgré les fragilités structurelles, démographiques et économiques qu’ils connaissent déjà depuis des décennies et qui s’accentuent le temps passant.
Pour le sénateur Montaugé, s’il est indispensable de conforter l’activité agricole existante, celle-ci doit s’inscrire dans une stratégie plus large de diversification économique de ces territoires – le Gers en fait partie – vers les domaines émergents de la transition climatique, environnementale, énergétique, sociale… et culturelle.
Le retour d’une politique publique d’aménagement de ces territoires, coordonnée avec les régions, les départements et les intercommunalités, cohérente avec la planification écologique du Gouvernement, à conforter elle-aussi, serait de nature à construire ce cadre de développement indispensable.
