Le mercredi 28 janvier 2026, Franck Montaugé et ses collègues de la commission des affaires économiques du Sénat auditionnaient Messieurs Rodolphe Delord, directeur du ZooParc de Beauval et Martin Böye, directeur scientifique de la Loro Parque Fundacion.
A cette occasion, le sénateur Montaugé les a interrogés sur les liens entre bien-être animal et bien-être humain à partir de la question de la delphinothérapie, dans le cadre d’une approche intégrée du vivant portée par le concept « One Health ».
Question du sénateur Montaugé :
« Je souhaiterais repartir des propos que M. Böye a tenus il y a quelques instants, lorsqu’il a évoqué la question du bien-être animal et, par extension — car vous avez vous-même ouvert cette perspective — celle d’un bien-être humain envisagé de manière globale.
Il m’est arrivé récemment, presque par hasard, de visionner un documentaire consacré à la delphinothérapie et à ce qu’elle peut apporter, en matière de soins, tant à des enfants qu’à des adultes atteints de handicaps moteurs ou psychologiques. Ce sujet n’a pas été abordé jusqu’ici et j’aimerais connaître votre point de vue à ce propos.
J’ai compris, notamment, que les animaux sollicités dans ce cadre ne pouvaient plus retrouver leur milieu naturel. En outre, j’ai pu observer qu’ils semblent traités correctement voire très correctement. Il me semble qu’il y aurait là un champ de réflexion intéressant à développer, dans la mesure où — sous réserve bien sûr de validations scientifiques — il pourrait exister des pistes prometteuses allant dans le sens de l’intérêt général.
Cela me paraît illustrer un concept que certains d’entre nous connaissent ici, celui de « One Health », qui consiste précisément à considérer le monde vivant dans toutes ses dimensions afin de favoriser un bien-être global. »
Réponse de Martin Böye, directeur scientifique de la Loro Parque Fundacion :
« Concernant la delphinothérapie, il se trouve que j’ai été impliqué, parallèlement à ma thèse, dans un programme de recherche mené en Allemagne, dont l’objectif était notamment d’évaluer l’existence d’un effet réel, en particulier chez des enfants autistes.
De manière générale, ce que l’on sait aujourd’hui, c’est que la proximité avec les animaux — vivre à leurs côtés, les observer — nous procure un bénéfice biologique réel. C’est une expérience apaisante. Un animal établit avec vous une relation de respect : si vous trahissez sa confiance, elle est perdue.
En revanche, lorsqu’on en vient à la delphinothérapie proprement dite, on a entendu tout et son contraire. À ce jour, d’un point de vue strictement scientifique, rien n’a encore été démontré de manière concluante. Cela étant dit — et il s’agit là d’une anecdote, non d’un résultat scientifique — j’ai été témoin de situations où des parents avaient accepté que leur enfant s’approche de l’animal, le nourrisse, interagisse avec lui et où ils ont alors découvert que leur enfant était capable de choses qu’eux-mêmes n’auraient peut-être pas osé. À cet instant, la relation entre les parents et l’enfant a changé. Il existe donc des effets positifs mais il s’agit encore d’un champ de recherche ouvert.
Quant au concept de « One Health », je vous remercie de l’avoir évoqué. Il constitue aujourd’hui, aux côtés d’autres, un véritable cadre de travail pour les parcs zoologiques. On ne peut plus penser les animaux d’un côté et les êtres humains de l’autre, ni s’occuper des uns indépendamment des autres. Nous sommes nous-mêmes des animaux. Nous dépendons de la nature, nous en faisons partie intégrante. A cet égard, les parcs zoologiques regroupent des professionnels qui savent comment aborder ces questions-là, non pas seuls, mais avec l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) notamment. »
